Postface

Je souhaite vous faire voyager dans vos souvenirs, comme je l’ai fait depuis juillet 2010. Début de ce captivant travail de mémoire et de recherches.

Au cours de cette délicieuse promenade, je n’ai cessé de côtoyer mon père et ma mère, tous deux décédés, à qui je dois tout mon yiddish depuis mon berceau.

Ils ne me parlaient que dans ce « mame-louchn[1] » avec ma famille restreinte dont il ne restait que peu de monde après la guerre et aussi avec leus amis, rescapés de l’enfer. Tous devisaient en yiddish. Cette langue était leur intimité et l’échange se faisait tout naturellement. C’était le lien qui les réunissait.

Qu’il était bon de se retrouver et agréable d’entendre, comme avant, apaisé et libéré, ces échanges en yiddich dont j’étais privé durant cette horrible guerre.

Leurs propos sont gravés dans ma mémoire et le resteront à jamais. La honte d’être juif s’estompait progressivement mais ma résilience était très lente.

Ce Yiddich qui prouverait, malgré les « efforts » du nazisme, que l’âme juive est ardente, non violente, nécessaire et éternelle. Ce yiddish, bien plus qu’une langue, est une douce caresse mélodieuse, intime et apaisante.

Je suis né dans la marmite de « tchoulent[2] » et y barbotterai toute ma vie !

J’ai une pensée particulière et des remerciements pour toutes les opportunités qui m’ont permis de réaliser cet opuscule :

Dasia, mon épouse : ma première auditrice et conseillère. Mes parents et tous les membres de ma famille, mes amis, mes lectures, mes conversations, les « 78 tours » en cire, les pièces de théatre, les sketches en yiddish (Je pense notemment à Tzhigan et Shumakher) et à tous les membres de ma trés chère troupe théatrale « ABI GEZINT » qui m’ont encouragé et permis de progresser.A ma mémoire, ma curiosité, mon extrême appétit pour cette langue et partout où je pouvais glaner et engranger quelques expressions pour enrichir ce recueil.

Chaque jour, je « descends » dans mes souvenirs Yiddish pour les feuilleter et noter, noter encore… Ma soif s’apaisera-t-elle un jour ? Je ne le pense pas…

Je refuse que le Yiddish soit enterré. C’est une langue qui mérite de vivre !

Mes amis, si je parviens un peu à éveiller votre curiosité, votre intérêt et aussi vos souvenirs, je suis récompensé. Quel bonheur de transmettre, de partager et de redonner vie à notre si cher et attachant Yiddish !

 

Merci.

Yitskhok Jacques Lerman

 

[1] Langue de la mère

[2] Le tchoulent est un plat typiquement yiddich qui devait cuire lentement et longtemps sur le fourneau, lequel servait aussi de chauffage. Comme on ne doit « allumer» aucun feu pendant le shabbat, ce plat, élaboré la veille et alimenté par des bûches régalait toute la famille durant ce jour de repos total et respecté. « Tchoulent » vient, dit-on, de : « chaud – lent »… Encore un emprunt ? Allez savoir.